Curiosity débarque sur Mars. Là où aucun homme n’est jamais allé.

Image de synthèse de Curiosity tiré du site du National Geographic

Image de synthèse de Curiosity tiré du site du National Geographic

Je rentrais chez moi tranquillement dimanche soir dernier. Un peu fatigué du weekend au chalet d’un de mes amis, mais avide de savoir ce que j’avais manqué dans la civilisation. Or voilà que j’apprends que la sonde Curiosity va bientôt se poser sur Mars. Quel bon « timing » ! J’ai donc regardé, comme plusieurs personnes sur les réseaux sociaux d’ailleurs, l’arrivée de ce nouveau robot à la surface de planète rouge. 1:31 lundi matin, heure prévue, site d’arrivé prévu. Les 8 mois de et les millions de kilomètres du voyage n’ont rien perturbés. C’était précis au quart de tour. Ça avait même l’air presque trop facile par moment. Mais il n’en est rien. L’euphorie des dizaines de personnes présentes dans le centre de contrôle au moment où ils recevaient les premières images basses résolutions laissait paraître toute la tension qui les a habité pendant les dernières heures. Car il faut bien comprendre que ces personnes travaillaient depuis des années à ce projet.

Pour permettre une perspective différente sur cet évènement et souligner à quel point il est exceptionnel, j’ai fait une petite recherche dont je vous partage les résultats ici. Notez que les sources sont exclusivement de la NASA ou de l’Agence spatiale canadienne sauf lorsque spécifié autrement.

N.B. Notez que dans tout le texte,  le terme « atterrissage » est employé pour désigner le terme de se poser sur Mars.

1960 : on commence à s’intéresser sérieusement à Mars

Les années 60 furent l’âge d’or de l’occident. Les baby-boomers avaient développé les technologies au point de croire que c’était possible de se rendre sur la planète. En plus, les problèmes économiques n’existaient pas à cette époque, donc ils avaient tout le loisir de tenter leur chance. Les Russes et les Américains, en pleine guerre à l’image, rivalisaient pour être les premiers à atteindre la lune, mais Mars était aussi dans les plans. Les premières tentatives ont d’ailleurs été soviétiques. Pas moins de 5 tentatives d’y envoyer un satellite échouèrent entre 1960 et 1962 pour l’URSS. Ce n’est qu’en 1964 que les Américains tentèrent eux aussi le coup avec les missions « Mariner ». Mais on dut attendre 1965 avant que le premier appareil atteigne enfin la cible. Après un voyage de 8 mois, Mariner 4 est passé au-dessus de Mars et a retourné les premières photos rapprochées de la surface. Il faut comprendre que les sondes Mariner n’étaient pas des satellites. Elles ne restaient pas en orbite autour de la planète, mais ne faisaient que passer assez prêt pour permettre une analyse rapide, le temps du seul passage.

Image prise par la sonde Viking

Image prise par la sonde Viking

1970 : on se pose

Arrivent les années 70. Bien sûr, la science a encore beaucoup évolué. On souhaite donc maintenant aller voir de plus près cette surface rouge qui hante tant de nos romans de science-fiction depuis si longtemps. C’est donc la première sonde russe à atteindre la planète qui sera également la première à s’y poser. Mars 3 arrive sur Mars en décembre 1971. Son petit robot de 4.5kg transmet des images pendant 14.5 secondes, puis se tait à jamais.*

Quant au premier satellite (américain), il entre en orbite avec succès à la fin de la même année et émettra des images pendant près d’un an (7329 images).

C’est finalement le 20 juillet 1976 que le premier engin de la NASA se pose enfin sur Mars. Viking 1 consiste en un satellite et un module d’atterrissage fixe. Suivi de près par son jumeau Viking 2 (3 septembre 1976), les 2 appareils relaieront des photos, d’analyses atmosphériques et analyses de sols jusqu’en 1982. Disons que c’est un peu mieux que les 14.5 secondes du précédent robot russe.

1980 : on oublie ça

Sous la pression d’une crise économique majeure, les États-Unis coupèrent les efforts vers Mars à la fin des années 70. Durant la décennie 80, seuls les Russes tentèrent quelques missions, se soldant toutes par des échecs.

1990 : c’est reparti de plus belle

Les années 90 quant à elles, marquèrent le retour à la conquête de Mars. Malgré un taux de succès faible de 2 réussites sur 8 missions, les résultats sont intéressants. En 1997, plus de 20 ans après la dernière mission américaine, Mars Global Surveyor entre en orbite. Pendant près de 10 ans, elle enverra à la Terre plus d’images que toutes les autres missions.

Mars Global Surveyor

Image artistique de Mars Global Surveyor tirée du site de la mission

Nouvelle technique d’approche des modules d’atterrissage

En 1997, le module d’atterrissage Pathfinder et le robot Sojourner servent de preuve de concept pour les futurs robots. Une nouvelle technique d’entrée dans l’atmosphère est testée pour prouver que l’on peut envoyer du matériel de recherche plus poussée sur la surface. Une fois le parachute déployé et arrivé à 300 mètres du sol, un sac de bulles d’air géantes est gonflé autour de la capsule contenant la base. À 50m, les rétros fusés s’activent pour ralentir encore plus la vitesse. Le sac est ensuite détaché et va rebondir au sol jusqu’à l’arrêt. Les sacs se dégonflent ensuite et la base est déployée, comme les pétales d’une fleur. ** Cette mission fût un franc succès et permis de recueillir de véritables données sur une période de quelques mois, mais 5 fois plus longue que prévue. Pas si mal pour un « test ».

Le système de ballons gonflables de Pathfinder

Le système de ballons gonflables de Pathfinder. Tirée du site de la mission

De 2000 à aujourd’hui : l’ère moderne

Après le succès de Pathfinder, plusieurs missions échouèrent. On dû attendre à 2001 pour voir le satellite Odyssey réussir. Toujours en opération, il détient le record de l’appareil ayant été le plus longtemps opérationnel sur Mars. Sers entre autres à relayer les informations entre la Terre et les véhicules d’explorations de la surface Spirit, Opportunity et Curiosity.

Spirit et Opportunity

Sans doute les 2 robots les plus connus de l’univers après R2-D2 et Wall-E, Spirit et Opportunity sont 2 jumeaux, arrivés la même année sur la planète rouge. En janvier 2004, ils débarquent, utilisant la même technique de descente que Pathfinder 7 ans plus tôt. ** Leur but est d’analyser des échantillons de sols et d’atmosphère à la recherche de traces de vies ou d’eau. Prévu pour un fonctionnement initial de 90 jours, Spirit resta embourbé le 22 mars 2010. Toutes les tentatives de le sortir de sa fâcheuse position furent veines. Mais Opportunity est toujours opérationnel, plus de 8 ans après sa mise en service. Spirit montre 7730 mètres au compteur, tandis que son jumeau en affiche 34 633. Ça fait beaucoup de chemin pour de petits robots téléguidés à environ 150 000 000 de kilomètres de distance.

Curiosity

La mission Mars Science Laboratory emportant avec elle la nouvelle sonde robotisée Curiosity quitte la Terre le 26 novembre 2011. Et c’est finalement hier, le 6 août 2012, plus de 8 mois plus tard, qu’elle est entrée et s’est posée à son tour sur le sol poussiéreux de Mars. Pour la première fois depuis Pathfinder, on utilisait une nouvelle technique pour la mise au sol. Fini les ballons gonflables, on y va avec un petit robot fusée, qui permet de diriger la sonde lors des derniers mètres et de la déposer doucement. On compare cette technique à une grue aérienne, d’où son nom « Sky Crane ».

Mise au sol de Curiosity par Sky Crane

Mise au sol de Curiosity par Sky Crane. Tirée du site de la mission

Image de synthèse du la grue du ciel

Image de synthèse du la grue du ciel. Tirée du site de mission

Le robot est le plus gros à s’être rendu sur Mars. Sa mission est de trouver des preuves que Mars a déjà abrité un environnement pouvant supporter la vie. Muni de tout ce qu’il faut pour forer, creuser et analyser les échantillons, on a de grandes attentes de celui-ci. Surtout que ses critiques lui reprochent la même chose qu’à tous ces ancêtres : son coût astronomique (sans jeux de mots).

Pour l’avenir, une seule mission est à l’horaire, mais d’autres sont à l’étude. Une mission habitée, pour quand me demandez-vous ? Et bien sachant que le voyage est d’environ 8 mois, il n’y a, pour l’instant, aucun moyen de remmener les astronautes chez eux une fois là-bas. Ce qui pose donc tout un dilemme. Avant de faire une telle mission, il faudra sûrement y envoyer du matériel de survie pour qu’ils puissent se construire un habitat et générer de l’oxygène pour y survivre. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire l’excellent roman de science-fiction Mars la Rouge de Kim Stanley Robinson. Basé sur des faits scientifiques à l’époque de son écriture, on y retrouve des choses très intéressantes dans la perspective d’une éventuelle « colonisation » de Mars.

Qui sait, peut-être que dans 500 ans, nous aurons une colonie là-bas, comme les Français et les Anglais avaient l’Amérique il y a quelques siècles…

*Source Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Mars_3

**Kit de presse de la mission Pathfinder. Voir la page 26 du PDF pour la méthode d’atterrissage http://www2.jpl.nasa.gov/files//misc/mpfland.pdf

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