C’est la faute à Jean Charest

Jean Charest

Image tirée du site du quotidien Le Devoir

Je n’ai pas beaucoup d’empathie pour le mouvement rouge en général. Ceux qui me connaissent pourront en témoigner. L’arrogance et le mépris de certains d’entre eux ne m’encouragent pas vraiment à appuyer leur cause. Cependant, je me dois de dire que je suis d’accord (jusqu’à un certain point) avec eux sur un fait : c’est la faute à Jean Charest.

Bien sûr, vous me rappellerez que les étudiants se sont retirés de la table de concertation lorsque c’était le temps de négocier l’an dernier. Vous me direz aussi que ce sont eux qui descendent dans les rues pour foutre le bordel chaque jour depuis des mois. Et sûrement bien d’autres choses sur lesquelles vous auriez sûrement raison.

SAUF que ce n’est, dans le fond, qu’un dossier de grève parmi tant d’autres au Québec chaque année. Et ce dossier aurait dû être traité avec plus de diligence par les membres de ce gouvernement, principalement par son premier ministre. Depuis le début, le refus de s’asseoir avec eux montre son désintéressement. Oui, il y a bien eu une timide tentative de trouver un accord avec Mme Beauchamp. Une entente de principe qui était déjà torpillée de part et d’autre à la sortie. Mais à partir de là, une brèche s’est ouverte. Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins (FECQ et FEUQ) ont tous deux affirmé avoir soumis de nouvelles offres au gouvernement basées sur cette entente. Je ne porterai pas de jugement sur ces supposées offres, car on ne les connaît pas, mais mon point est que l’on aurait dû saisir cette chance. Continuer de négocier, isoler les plus radicaux et régler ce conflit une fois pour toutes.

Or, il n’en fut rien. L’idée de M. Charest et de son cabinet semblait déjà faite. Line Beauchamp, qui avait l’air plus enclin à continuer les négociations a été tassée (volontairement ou non). On a nommé Mme Courchesne, mais les dés étaient déjà jetés. Donc plutôt que de tenter de calmer le jeu, on y va avec une loi impopulaire, qui radicalise encore plus la gauche (en la confortant dans une position de « martyr ») et envenime le débat. De mon vivant, je n’avais jamais vu des citoyens s’entre-déchirer de la sorte. Le débat a depuis longtemps dépassé les étudiants. Maintenant, toutes les tendances de la gauche sont unies, environnementalistes, socialistes, syndicalistes, artistes, etc. Unis dans un seul but : faire tomber ce gouvernement. Et ils sont plus à cran que jamais. Le moindre filtre antipourriel déclenche chez eux haine et méfiance. Si vous mesurez plus de 6’ et avez les cheveux rasés, je vous déconseille d’aller manifester, car ces simples arguments vous confèrent automatiquement le rang d’agent de police ou de militaire infiltré. Dans un tel climat de paranoïa généralisée, ce n’était vraiment pas le temps d’aller en remettre une couche.

Je vous entends déjà me dire que le gouvernement n’avait pas le choix, des injonctions étaient défiées, il fallait agir. Les lois existaient déjà obligeant les gens à respecter les injonctions. Et malgré cela, elles n’étaient pas respectées. Vous croyez vraiment qu’ils respecteront celle-ci qui catalyse leur haine? Jamais.

Jean Charest cumule maintenant 9 années de pouvoir au Québec. Et ici, c’est la loi non écrite, on se fait mettre dehors au nom du « changement » après 8 ans (2 mandats majoritaires normaux). Je ne sais pas s’il en est venu à la conclusion que ça l’aiderait aux yeux de l’électorat, mais si c’est vrai, c’est une grave erreur selon moi. Pauline finira par passer, qu’on le veuille ou non.

Alors il est grand temps, M. Charest, de cesser de laisser parler vos propres ambitions et de régler ce conflit. Ce conflit qui laissera des traces pendant des mois, voire des années dans les relations entre les Québécois eux-mêmes. Chaque jour de plus à laisser les choses se dégrader en est un de trop. Mettre ses culottes, ça veut aussi dire faire face aux plus radicaux de son caucus ou de ses bailleurs de fonds. Après tout, ne vous êtes-vous pas autoproclamé « Grand Bâtisseur » ? Alors prenez le taureau par les cornes, appelez les leaders étudiants, leurs patrons CSN / FTQ et allez vous-même vous asseoir à la table de négociation. Trouvez une solution où tout le monde aura l’impression d’avoir gagné. C’est ça la marque des grands, Monsieur.

Pendant que Rome brûlait, l’Empereur de l’époque jouait du violon. Je me demande si M. Charest joue à Diablo III pendant que s’enflamme Montréal…